PAR AW · PUBLIÉ AVRIL 7, 2021 · MIS À JOUR AVRIL 7, 2021

Sur la photo De gauche à droite :  Mohamed Tadjadit (Alger), Malik Riahi (Oran),  Brahim Lalami (Bordj Bou Arreridj) Photo Facebook.

Malik Riahi est un des jeunes activistes les plus dynamiques du Hirak. Originaire d’Oran, il a parcouru plusieurs villes du pays pour y manifester et connaître d’autres hirakistes afin de tisser des liens et de renforcer le Hirak.

Après avoir été emprisonné pour son engagement, il se retrouve aujourd’hui une fois encore derrière les barreaux en compagnie de Mohamed Tadjadit, Soheib Debaghi, Tarek Debaghi et Khimoud Nourredine. Depuis leur arrestation samedi 3 avril, ils ont entamé une grève de la faim. Ils doivent être présentés devant le procureur du tribunal de Sidi M’Hamed ce jeudi 8 avril.

Il y a quelques jours, Malik Riahi nous avait raconté son parcours et sa vision du Hirak. Nous republions ce témoignage aujourd’hui.

La page Facebook de Malik Riahi est suivie par près de 35 000 personnes.

J’ai trente ans. J’ai arrêté ma scolarité à cause des difficultés de la vie, notamment après le décès de mon père. Je suis arrivé en deuxième année secondaire, filière mathématique. J’étais toujours parmi les premiers, surtout en mathématiques et en physique. Malheureusement, je n’ai pas pu continuer. Par la suite, j’ai fait des petits boulots par-ci par-là pour aider ma mère et mes frères. Après j’ai travaillé dans une mine, où j’ai pu mettre un peu d’argent de côté grâce auquel j’ai ouvert une librairie. J’y ai travaillé trois ans, je n’ai pas réussi. J’ai fait faillite.

J’ai ensuite tenté al harga (immigration clandestine) à deux reprises en Espagne, mais je n’ai pas réussi à rejoindre la rive. J’ai été arrêté et j’ai perdu tout ce que j’avais. Je suis resté deux ans sans travail. J’ai cherché partout, j’ai passé des concours, mais même si je les réussissais, on ne me recrutait pas parce que tout simplement je n’ai pas de piston et je ne donne pas de pots-de-vin. J’ai patienté longtemps et, finalement, Allah m’a ouvert une voie et en 2017 j’ai trouvé un petit boulot à l’hôtel Sheraton. Dès la première année, j’ai fait mes preuves et j’ai été promu plusieurs fois.

Puis en 2019, le Hirak est arrivé et j’y ai cru, alors je me suis investi. Mais j’ai été arrêté et emprisonné. Après mon emprisonnement, on m’a licencié. J’ai sacrifié pour mon pays ce que j’ai construit pendant trois ans de travail. Après ma sortie de prison, Dieu merci je n’ai pas dévié de la voie juste du Hirak, alors ils se sont vengés contre moi : ils se sont attaqués à ma famille, ils ont emprisonné mon frère sans la moindre raison. Ce sont les méthodes de la issaba (la « bande »). Ils ont continué à exercer des pressions sur moi à tel point que j’ai dû quitter la maison familiale. Je suis en fuite depuis sept mois maintenant. Une nouvelle histoire a commencé pour moi.

Avant le début du Hirak, je ne m’intéressais pas beaucoup aux questions politiques. Je suivais superficiellement ce qui se passait dans le pays, mais je savais pourquoi et comment le pays était arrivé à ce niveau de corruption. J’étais désespéré. Quand j’ai commencé à travailler à l’hôtel Sheraton, je voyais de mes propres yeux comment vivaient les enfants des responsables : dans le luxe et le gaspillage de l’argent. À cette époque, c’est comme si j’avais développé une haine envers ce régime. Quand je finissais mon boulot, j’allais voir mes amis, les enfants du peuple, et ça me faisait de la peine de voir comment ils vivaient. Je me disais qu’il y a des gens qui possèdent le monde et que d’autres ne trouvent pas de quoi manger ou s’habiller alors que nous vivons dans le même pays.

Dieu merci, j’ai été parmi les premiers qui sont sortis le 22 février 2019 pour manifester. Dès le début, j’ai cru dans la cause, certain qu’on allait gagner. Je me souviens que ce jour-là, j’ai quitté mon travail en prétextant que j’étais malade. Je suis allé directement au siège de la wilaya où se déroulait le rassemblement. Après j’ai fait un live sur mon compte Facebook. Mais mes responsables au boulot l’ont vu et m’ont sanctionné parce que je leur avais menti.

Après une semaine, j’ai vu que le peuple sortait par millions. Sincèrement, j’ai pleuré tellement j’étais content. L’espoir était de retour. Je me suis dit je vais rester au pays avec mes frères du peuple pour continuer ce qu’on a commencé, c’est-à-dire construire un État de droit et de justice, un pays où personne n’est injustement traité.

Je constate que ce Hirak est positif parce qu’il a dévoilé et continue de dévoiler la véritable force de chaque hirakiste individuellement. Dieu merci, le peuple sait désormais qui croit vraiment en la cause et qui manifeste pour ses intérêts personnels. À mon avis, le Hirak a acquis une immunité qui lui permet de déconstruire la contre-révolution et de poursuivre le chemin vers la liberté. Le Hirak possède une conscience collective qui ne peut être pénétrée par la contre-révolution. Je vois en lui l’avenir du pays et des Algériens. C’est pourquoi il est du devoir de chaque hirakiste de protéger le mouvement d’une confiscation. Cela ne peut se réaliser que par notre union et notre solidarité, malgré nos différences idéologiques.

Le Hirak m’a appris le sens de l’unité nationale : je l’ai vécu à travers mon expérience lorsque je suis allé me réfugier en Kabylie, où j’ai fui la « justice du téléphone ». J’ai vu comment ils m’ont reçu et protégé. Je n’ai pas eu froid, je n’ai pas eu faim et j’avais toujours un toit. Le Hirak m’a appris que notre union est notre force et c’est grâce à elle que nous n’avons pas flanché. Le Hirak m’a appris ce qu’est le sacrifice pour le pays et pour des lendemains meilleurs, il m’a donné aussi la confiance et la conviction que nous pouvons renverser le rapport de forces, il m’a donné la conscience, ce que j’ignorais auparavant. Il m’a fait connaître des gens sincères.

Le Hirak m’a appris l’histoire véritable de ce pays et comment ont été volées les révolutions de nos grands-parents et de nos parents. Le Hirak a même eu une influence positive sur mon comportement et sur ma vie.

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