Amazigh Kateb: “nous sommes dans un 5ème mandat sans “cadre” mais avec les mêmes encadreurs, que plus personne ne peut “encadrer

إرزازن نيوز Amazigh Kateb: "nous sommes dans un 5ème mandat sans “cadre” mais avec les mêmes encadreurs, que plus personne ne peut "encadrer
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Par Amazigh Kateb 18 mai 2019 @Facebook

« Il faut toujours être contre le pouvoir, on ne se trompe jamais » Kateb Yacine

Un jour, j’échangeais avec mon père sur les différentes représentations du pouvoir que je percevais comme tels. A l’époque je n’avais que 10 ou 11 ans et me trouvais devant un problème de nuancier politique. Comment mon père pouvait-il être contre l’Algérie française et aussi critique vis-à-vis de la gouvernance de l’Algérie indépendante? Comment pouvait-on être de gauche et contester la plupart des pouvoirs dits de gauche etc…? 
Tout cela me paraissait compliqué à assembler, confus et illogique.
Je cherchais des critères d’appréciation et des outils de discernement.
Il m’a dit alors quelque chose que j’ai retenue et qui ne m’a jamais lâché: “Il faut toujours être contre le pouvoir, on ne se trompe jamais”. A l’époque, je trouvais cette vision aussi radicale que poétique avec ma compréhension d’enfant. Aujourd’hui je comprends cette phrase autrement: cela veut dire qu’il faut toujours un contre-pouvoir en face de chaque pouvoir car si le pouvoir est la capacité, l’aptitude et la force, il est aussi la domination, l’injustice et l’assujettissement.

AUCUN POUVOIR N’EST DIGNE D’ÊTRE ABSOLU

Lorsqu’on s’imagine le plus grand des pouvoirs, surtout dans un environnement imprégné de religiosité, on ne peut s’empêcher de penser à Dieu dans sa toute puissance. Pourtant, Dieu lui-même a créé parmi les hommes, des personnes hostiles à son pouvoir, dénigrant jusqu’à son existence. Il a également créé parmi les anges, le diable qui le défie en permanence. N’y a-t-il pas là un message et une symbolique quant à la nécessité des contre-pouvoirs? On peut bien sûr refuser une telle interprétation. En revanche, il est indéniable que Dieu en personne, n’use pas de son pouvoir absolu. Il nous laisse le libre arbitre, le droit à l’erreur, la tentation des vices, et le diable omniprésent, déviateur des destinées, maître du mal absolu, jouissant d’un pouvoir néfaste et intemporel sur les hommes.
Si le créateur s’est encombré de contre-pouvoirs en façonnant son oeuvre universelle, c’est qu’ils participaient d’un équilibre certain. De la même façon, si on ne croit pas en Dieu on peut constater cette notion de pouvoir/contre-pouvoir dans la nature. Elle est essentielle et multiforme. Si le pouvoir du végétal est de s’implanter là où la terre et l’eau abondent, la roche et la sécheresse sont le contre-pouvoir, responsable de la biodiversité entre autre.
Si le feu a le pouvoir de brûler, l’eau a celui de l’éteindre… 
Les exemples ne manquent pas et à tous les niveaux de compréhension… 
Donc, si Dieu et la nature n’usent pas d’un pouvoir absolu, alors il n’y a aucun pouvoir digne d’être absolu.

MÉFIANCE ET DÉFIANCE VIS-À-VIS DE TOUT POUVOIR 

Depuis cette époque, je me suis toujours méfié (par hygiène) de tout ce qui domine, décide, commande ou ordonne, à commencer par le discours et l’autorité sous toutes ses formes. Je pense avec le recul, que mon père a dû s’arracher les cheveux quand j’ai par la suite, occasionnellement utilisé les arguments de mon éducation politique pour défier son éducation quotidienne, ce qui l’amusait aussi, puisqu’il voyait bien que j’avais compris la leçon.

LA PEUR COMME INSTRUMENT DE DOMINATION

J’ai aussi compris assez tôt, que l’assujettissement (la partie détestable de tout pouvoir) n’est possible que grâce au discours dominant, à la propagande incessante et à la peur directe ou indirecte, de menaces intérieures ou extérieures. De grands classiques impliquant naturellement à force de répétition, l’obéissance des masses qui est l’autre condition de la domination.
Il n’y a pas de candidat au pouvoir qui ne soit un messager de l’apocalypse. C’est même à cela qu’on les reconnait. Tous usent de la peur pour manipuler l’oratoire. Eux sont là pour nous “sauver”, et nous, pour le leur permettre. Ils ont la capacité d’éviter le pire, mais ont besoin de nous pour le faire. Comme si un chirurgien avait besoin de l’aval de toute la clinique avant d’opérer un cas grave. En réalité, ils agissent sans contraintes particulières, avec l’immunité et ne nous consultent que pour que nous donnions mandat, à l’occasion de leurs campagnes électorales; terrain de jeu favoris des oligarques.
Il nous faut rompre avec la fausse citoyenneté impuissante, élective, sélective, quinquennale et oligarchique et nous diriger vers la vraie et la seule démocratie qui mérite son nom, “la démocratie participative directe.” Celle qui vient des entrailles de la société .
Par dessus les racines nouées de nos peurs et derrière l’arbre usufruitier du pouvoir, se dressent les troncs de la domination. Cultures engraissées en colonnes plantées, dévorant l’espace public, empêchant toute progression en lui imposant slaloms et contournements, pour rallonger la distance, et rendre par la même, la vitesse d’évolution périlleuse, ou extrêmement lente.

COERCITION EN CHAÎNE:

La peur domine le monde sans distinction. Elle est l’aliénation du libre-arbitre par excellence, quelque soit le niveau de développement des esprits qu’elle atteint.
Le discours “mainstream” (propagande mondiale en leggings moulants) dit qu’il est dangereux de perdre son travail. Cela est admis et largement diffusé que l’on risque la rue et la misère, donc on obéit pour garder son poste. 
On accepte un bas salaire et de mauvaises conditions de travail pour survivre. Après, on obéit pour monter en grade et gagner plus et ainsi de suite, jusqu’à devenir un docile gardien de l’obéissance aux normes patronales. Cette chaîne (artificiellement croissante d’un point de vue social mais décroissante sur le plan des valeurs éthiques humaines), nous fait passer ainsi de la coercition à la “co-coercition” en créant une relation directe entre le maintien de la norme et de l’obéissance -plus valorisant que l’obéissance seule- et notre propre ascension professionnelle, qui reste liée au degré de subordination que nous serions prêts à subir, puis à faire subir.

TRAÎNER LE SYSTÈME EN JUSTICE OU TRAÎNER LA JUSTICE DU SYSTÈME? 

Ceux qui veulent nous imposer des élections dans le même cadre constitutionnel, avec les mêmes têtes, les mêmes moeurs et surtout la même finalité, insultent également notre intelligence, en improvisant un simulacre de justice à grand renfort d’arrestations et de convocations devant les tribunaux.
Il est à noter que cette initiative de purge ne correspond à aucune revendication populaire mais bien à un “ménage” interne du pouvoir.
Ce mouvement fort heureusement, lit entre les lignes (sécuritaires, judiciaires et politiques) de son adversaire. Même si certains s’en réjouissent de prime abord, personne ne voit en ces arrestations un changement radical, ou une restauration de la justice, mais bel et bien une ruse, une mue, une quête de crédibilité, une manipulation grossière, et une tentative d’éteindre la seule flamme qui réchauffe les algériens; la liberté. 
Les algériens ne sont pas dupes de ce qui se trame sur et dans leur dos. On entend: 
“Depuis quand ceux qui partent s’occupent-ils de la transition si ce n’est en s’en allant?”
“Depuis quand entame-t-on une transition démocratique en gazant et en douchant les manifestants pacifiques et sans shampooing?”
“Si on cautionne ces arrestations alors on cautionne cette justice et on cautionne aussi les arrestations d’opposants et d’activistes.” ou encore “ ce n’est pas du ressort de l’armée et encore moins du chef d’état major de s’immiscer dans la justice” et d’autres réactions très saines de la part de personnes diverses et variées.

L’ÉTAT ET LE GOUVERNEMENT

Comment attendre de nous que nous donnions mandat à quiconque, sans la garantie de pouvoir changer les choses par la suite?
Si Gaïd Salah, Bensalah, ou n’importe quel Salah disponible, avait proposé un référendum révocatoire et abrogatoire d’initiative populaire avec prise en compte du vote blanc et de l’abstention en guise de garantie, nous aurions pu croire en une certaine bonne foi et aurions éventuellement accepté d’aller voter le 4 juillet, “pour éviter la déliquescence de l’état”. 
Or il se trouve justement qu’un état fort avec de vraies institutions n’a pas besoin de gouvernement ni de président pour survivre et exister. Un état doit permettre aux citoyens de mener leur transition sereinement et à leur rythme et surtout, en leur laissant le choix de la direction à prendre. 
Un état, au sens universel, est la somme indivise de la souveraineté, d’un peuple et d’un territoire, mais alors comment asseoir une souveraineté sur un territoire dont le peuple est hostile, et surtout quelle souveraineté sans légitimité? 
Quelle sortie de crise envisageable sans réformes ni garanties réelles, et quelles réformes réelles sans une nouvelle constitution?
Autant de questions sans réponses concrètes sont le véritable lit de l’hostilité populaire à l’égard des élections annoncées pour le 4 Juillet 2019. 
Dès lors qu’on mandate, qu’on désigne, qu’on élit, il faut nécessairement établir la relation contraire dans les mêmes proportions, à savoir un contre-pouvoir révocatoire, abrogatoire et de contrôle égal au pouvoir délégué.
La refonte entamée par les Algériens ne peut se faire aussi vite, ni dans pareil climat de défiance et de méfiance (légitimes). J’ajoute que la précipitation pseudo-constitutionnelle qui caractérise le discours officiel, véhicule autant de violence et de mépris que la continuation de ce système sans élections, à savoir un 5ème mandat sans “cadre” mais avec les mêmes encadreurs, que plus personne ne peut encadrer… 
Dans un match de coupe du monde, l’arbitre a l’autorité et le pouvoir sur le terrain, mais le contre-pouvoir des caméras qui filment, du public qui regarde, en plus des lourdes sanctions encourues, est garant de son impartialité et d’un arbitrage méticuleux. Un arbitre se sachant filmé, observé, disséqué, sera beaucoup moins enclin à tricher ou à fauter.

MATCH VENDU

Si l’Algérie était un stade, nous dirions:
Qu’il n’y a aucune caméra de contrôle de l’arbitrage, ni sanctions établies (c’est à la tête du client )
Que nous voulons changer l’arbitre et les règles du jeu. (surtout en matière de prolongations, de sélection et de mode d’arbitrage)
Que les équipes sélectionnées sont obsolètes, 
Que les supporters ne supportent plus rien, 
Que le stade est vétuste et dangereux.
Que notre arbitre prolonge sciemment la rencontre, payé qu’il est au tarif horaire. 
Que cela fait 60 ans que nous attendons la fin de cette partie, sans suspens.
Que le ballon est dégonflé et qu’il n’est pas le seul à manquer d’air… et je ne parle pas des chansons de supporters, qui ne sont désormais que politiques et sont devenues les hymnes-symboles de la révolution..

DE LA MARGE A LA PAGE

A force de réduire les espace d’échanges et de dialogue, ce pouvoir a accidentellement transformé les stades en agoras mélodiques et l’Algérie en une gigantesque assemblée constituante citoyenne en mouvement.
La mise à l’écart du plus grand nombre a inversé les proportions entre marge et page.
L’espace d’écriture du pouvoir se réduit, au profit d’un espace d’expression populaire en expansion. Autrement dit, la marge (le peuple) n’est plus marginale: elle le prouve physiquement tous les jours depuis 3 mois. Les groupes de discussions, de réflexion et de constituants se multiplient, la mobilisation est en train de produire sa propre philosophie de résistance à partir de son expérience du terrain. Ce qu’elle a de remarquable, c’est qu’elle fabrique ses anticorps plus vite que ne se développent les endémies prédatrices. Nos ennemis nous vaccinent contre eux-mêmes: c’est le summum de la médecine préventive gratuite. Vive l’Algérie et la sécurité sociale. 

Amazigh Kateb 18 mai 2019

*Le titre est un choix de la rédaction du site

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